1ʳᵉ Bac · Sciences Expérimentales · Chapitre 12
Géométrie dans l'espace
Ce dernier chapitre installe un repère dans l'espace : chaque point y devient un triplet de coordonnées (x, y, z), chaque vecteur aussi, et toute la géométrie de l'espace se transforme alors en calculs. Le vocabulaire du chapitre précédent — colinéarité, coplanarité — reçoit ici une traduction chiffrée : deux vecteurs sont colinéaires quand leurs déterminants extraits s'annulent, et trois vecteurs sont coplanaires exactement quand leur déterminant 3×3 est nul (ce même déterminant, non nul, signale au contraire une base de l'espace). On apprend ensuite à décrire les objets par des équations : une droite par une représentation paramétrique (un point, un vecteur directeur, un seul paramètre t) ou comme intersection de deux plans ; un plan par une représentation à deux paramètres ou par une équation cartésienne ax + by + cz + d = 0. Le but final, ce sont les positions relatives : deux droites, une droite et un plan, deux plans — sécants, parallèles, confondus, ou (nouveauté propre à l'espace) non coplanaires — tout se décide en reportant une paramétrisation dans une équation et en comptant les solutions. C'est le point de rencontre de l'algèbre et de la géométrie, et la base de la géométrie analytique qu'on approfondira en 2ᵉ Bac.
1 · Résumé du cours
La géométrie analytique traduit une configuration de l'espace en calculs sur trois coordonnées. Les vecteurs décrivent les directions, les paramètres décrivent les points d'une droite ou d'un plan, et les systèmes d'équations permettent d'étudier les appartenances et les intersections.
1.1 Repère, base et coordonnées
Soient \(O\) un point et \(\vec{\imath},\vec{\jmath},\vec k\) trois vecteurs non coplanaires.
- \((\vec{\imath},\vec{\jmath},\vec k)\) est une base de l'espace vectoriel ;
- \((O,\vec{\imath},\vec{\jmath},\vec k)\) est un repère de l'espace.
Pour tout point \(M\), il existe un unique triplet \((x,y,z)\in\mathbb{R}^3\) tel que \[\overrightarrow{OM}=x\vec{\imath}+y\vec{\jmath}+z\vec k.\] On écrit \(M(x,y,z)\) : \(x\) est l'abscisse, \(y\) l'ordonnée, \(z\) la cote.
Pour tout vecteur \(\vec u\), il existe un unique triplet \((x,y,z)\) tel que \(\vec u=x\vec{\imath}+y\vec{\jmath}+z\vec k\). Ce triplet donne les coordonnées (ou composantes) de \(\vec u\) dans la base \((\vec{\imath},\vec{\jmath},\vec k)\).
Les écritures \(M(x,y,z)\) et \(\vec u(x,y,z)\) se ressemblent, mais un point est repéré par rapport à une origine tandis qu'un vecteur ne dépend pas de son point d'application.
Si \(\vec u(x,y,z)\), \(\vec v(x',y',z')\) et \(\lambda\in\mathbb{R}\) : \[\begin{aligned}\vec u=\vec v&\iff x=x',\ y=y',\ z=z',\\ \vec u+\vec v&=(x+x',\ y+y',\ z+z'),\\ \lambda\vec u&=(\lambda x,\ \lambda y,\ \lambda z).\end{aligned}\] Tout se fait coordonnée par coordonnée.
Pour \(A(x_A,y_A,z_A)\) et \(B(x_B,y_B,z_B)\) : \[\overrightarrow{AB}=(x_B-x_A,\ y_B-y_A,\ z_B-z_A)\] et le milieu \(I\) de \([AB]\) : \[I\left(\frac{x_A+x_B}{2},\ \frac{y_A+y_B}{2},\ \frac{z_A+z_B}{2}\right).\]
Si \(M(x,y,z)\) vérifie une relation telle que \(\overrightarrow{AM}=\lambda\overrightarrow{BC}\), calculer d'abord les coordonnées des deux vecteurs, puis identifier leurs trois coordonnées : on obtient trois équations donnant \(x,y,z\).
1.2 Colinéarité et coplanarité analytiques
\(\vec u(x,y,z)\) et \(\vec v(x',y',z')\) sont colinéaires si et seulement si leurs trois déterminants extraits sont nuls : \[xy'-x'y=0,\qquad xz'-x'z=0,\qquad yz'-y'z=0.\] Cela équivaut à \(\vec v=\lambda\vec u\) lorsque \(\vec u\neq\vec 0\).
Écrire \(\dfrac{x'}{x}=\dfrac{y'}{y}=\dfrac{z'}{z}\) n'est valable que si les trois dénominateurs sont non nuls. Les déterminants extraits restent valables dans tous les cas : c'est le test le plus sûr.
Pour \(\vec u(x,y,z)\), \(\vec v(x',y',z')\), \(\vec w(x'',y'',z'')\) : \[\det(\vec u,\vec v,\vec w)=\begin{vmatrix}x&x'&x''\\ y&y'&y''\\ z&z'&z''\end{vmatrix}=x\begin{vmatrix}y'&y''\\z'&z''\end{vmatrix}-x'\begin{vmatrix}y&y''\\z&z''\end{vmatrix}+x''\begin{vmatrix}y&y'\\z&z'\end{vmatrix},\] où \(\begin{vmatrix}a&b\\c&d\end{vmatrix}=ad-bc\).
- échanger deux vecteurs change le signe du déterminant ;
- multiplier un vecteur par \(\lambda\) multiplie le déterminant par \(\lambda\) ;
- ajouter à un vecteur un multiple d'un autre ne change pas le déterminant ;
- si deux vecteurs sont colinéaires, le déterminant est nul.
\[\vec u,\vec v,\vec w\text{ coplanaires}\iff \det(\vec u,\vec v,\vec w)=0.\] Si le déterminant est non nul, les trois vecteurs forment une base de l'espace.
De même, \(A,B,C,D\) sont coplanaires \(\iff \det(\overrightarrow{AB},\overrightarrow{AC},\overrightarrow{AD})=0\).
Lorsque les coordonnées dépendent d'un réel \(m\), écrire le déterminant puis résoudre \(\det(\vec u,\vec v,\vec w)=0\). Vérifier chaque solution si les expressions initiales comportent des restrictions.
1.3 Étude analytique d'une droite
La droite \(D\) passant par \(A(x_A,y_A,z_A)\) de vecteur directeur non nul \(\vec u(a,b,c)\) est l'ensemble des \(M(x,y,z)\) tels que \[D:\begin{cases}x=x_A+ta,\\ y=y_A+tb,\\ z=z_A+tc,\end{cases}\qquad t\in\mathbb{R}.\] Le réel \(t\) est le paramètre ; une même droite a une infinité de représentations.
Si \(A\neq B\), la droite \((AB)\) passe par \(A\) et admet \(\overrightarrow{AB}\) comme vecteur directeur : on remplace \((a,b,c)\) par \((x_B-x_A,y_B-y_A,z_B-z_A)\).
Pour savoir si \(M(x_M,y_M,z_M)\in D\), chercher un même réel \(t\) vérifiant simultanément les trois équations. Si les valeurs de \(t\) ne coïncident pas, le point n'appartient pas à la droite.
Exemple. La droite par \(A(1,-1,2)\) dirigée par \(\vec u(2,1,-3)\) admet \(x=1+2t,\ y=-1+t,\ z=2-3t\). Le point \(B(5,1,-4)\) y appartient : les trois coordonnées sont obtenues pour \(t=2\).
Si \(abc\neq 0\), on élimine \(t\) : \[\frac{x-x_A}{a}=\frac{y-y_A}{b}=\frac{z-z_A}{c}.\] Si une composante est nulle, on la traite séparément (par exemple \(c=0\) donne \(z=z_A\)).
Une droite peut aussi être vue comme l'intersection de deux plans sécants : \[D:\begin{cases}a_1x+b_1y+c_1z+d_1=0,\\ a_2x+b_2y+c_2z+d_2=0.\end{cases}\]
- Paramétrique → cartésienne : éliminer \(t\) entre les trois égalités.
- Deux équations cartésiennes → paramétrique : choisir une inconnue comme paramètre, résoudre pour les deux autres.
Toujours vérifier qu'on obtient un point et un vecteur directeur non nul.
1.4 Étude analytique d'un plan
Soient \(A(x_A,y_A,z_A)\) et deux vecteurs non colinéaires \(\vec u(a,b,c)\), \(\vec v(a',b',c')\). Le plan \(P(A,\vec u,\vec v)\) admet \[P:\begin{cases}x=x_A+sa+ta',\\ y=y_A+sb+tb',\\ z=z_A+sc+tc',\end{cases}\qquad (s,t)\in\mathbb{R}^2.\] Deux paramètres indépendants sont nécessaires pour parcourir un plan.
Si \(A,B,C\) ne sont pas alignés, le plan \((ABC)\) passe par \(A\) et admet \(\overrightarrow{AB}\) et \(\overrightarrow{AC}\) comme vecteurs directeurs.
Tout plan admet une équation \[ax+by+cz+d=0,\qquad (a,b,c)\neq(0,0,0),\] et réciproquement toute telle équation représente un plan. Multiplier tous les coefficients par un réel non nul ne change pas le plan.
De plus, \(M(x,y,z)\in P(A,\vec u,\vec v)\iff \det(\overrightarrow{AM},\vec u,\vec v)=0\) ; développer ce déterminant donne l'équation \(ax+by+cz+d=0\).
- Calculer \(\overrightarrow{AB}\) et \(\overrightarrow{AC}\), vérifier qu'ils ne sont pas colinéaires.
- Poser \(M(x,y,z)\) et calculer \(\overrightarrow{AM}\).
- Écrire \(\det(\overrightarrow{AM},\overrightarrow{AB},\overrightarrow{AC})=0\).
- Développer, réduire, puis vérifier que \(A,B,C\) satisfont l'équation.
Dans \(P:ax+by+cz+d=0\), un vecteur \(\vec u(\alpha,\beta,\gamma)\) est un vecteur directeur si \[a\alpha+b\beta+c\gamma=0.\] On peut fixer librement certaines composantes pour construire deux solutions non colinéaires, qui forment deux directions du plan.
1.5 Positions relatives
Soient \(D(A,\vec u)\) et \(D'(B,\vec v)\).
- \(\vec u,\vec v\) colinéaires : droites parallèles — confondues si \(B\in D\), strictement parallèles sinon ;
- \(\vec u,\vec v\) non colinéaires : sécantes si elles ont un point commun, non coplanaires sinon.
Dans ce dernier cas, \(\det(\overrightarrow{AB},\vec u,\vec v)=0\iff D\) et \(D'\) sont coplanaires, donc sécantes.
Attribuer des paramètres différents \(t\) et \(s\), puis égaler les trois coordonnées :
- une solution \((t,s)\) : droites sécantes ;
- aucune solution, directions non colinéaires : non coplanaires ;
- une infinité de solutions : confondues.
Pour \(D:x=x_A+t\alpha,\ y=y_A+t\beta,\ z=z_A+t\gamma\) et \(P:ax+by+cz+d=0\), la substitution donne \[(a\alpha+b\beta+c\gamma)\,t+(ax_A+by_A+cz_A+d)=0.\]
- \(a\alpha+b\beta+c\gamma\neq 0\) : solution unique, \(D\) sécante à \(P\) ;
- \(=0\) et \(A\in P\) : \(D\subset P\) ;
- \(=0\) et \(A\notin P\) : \(D\) strictement parallèle à \(P\).
Pour \(P:ax+by+cz+d=0\) et \(Q:a'x+b'y+c'z+d'=0\) :
- \((a',b',c')\) non proportionnel à \((a,b,c)\) : plans sécants suivant une droite ;
- \((a',b',c')=\lambda(a,b,c)\) : plans parallèles — confondus si \(d'=\lambda d\), strictement parallèles sinon.
Quand les plans sont sécants, résoudre leurs deux équations en choisissant une inconnue comme paramètre. La solution sous la forme \(x=x_0+t\alpha,\ y=y_0+t\beta,\ z=z_0+t\gamma\) est une représentation paramétrique de la droite d'intersection.
- Dans une droite paramétrée, les trois coordonnées utilisent le même paramètre.
- Dans un plan paramétré, il faut deux vecteurs directeurs non colinéaires.
- Une équation cartésienne unique décrit un plan, pas une droite de l'espace.
- Deux droites non parallèles ne sont pas forcément sécantes : elles peuvent être non coplanaires.
- Après un calcul d'intersection, vérifier les coordonnées dans toutes les équations initiales.
- Coordonnées : tout se calcule coordonnée par coordonnée (vecteur \(\overrightarrow{AB}\), milieu).
- Déterminant de trois vecteurs : nul \(\iff\) coplanaires ; non nul \(\iff\) base de l'espace.
- Droite : paramétrique (point + vecteur directeur) ou intersection de deux plans.
- Plan : paramétrique (point + deux vecteurs) ou cartésienne \(ax+by+cz+d=0\).
- Position droite/plan : reporter la paramétrisation dans l'équation du plan et compter les solutions.
2 · Exercices résolus
Exercice 1
Les points \(A(1,0,1)\), \(B(2,1,0)\), \(C(0,1,2)\), \(D(1,2,1)\) sont-ils coplanaires ?
Voir la correction
On teste la coplanarité de \(\overrightarrow{AB}(1,1,-1)\), \(\overrightarrow{AC}(-1,1,1)\), \(\overrightarrow{AD}(0,2,0)\) par le déterminant :
\[\det=\begin{vmatrix} 1 & -1 & 0\\ 1 & 1 & 2\\ -1 & 1 & 0\end{vmatrix}=1(1\cdot 0-2\cdot 1)-(-1)(1\cdot 0-2\cdot(-1))+0=1(-2)+1(2)=0.\]
Le déterminant est nul : les quatre points sont coplanaires. \(\blacksquare\)
Exercice 2
Déterminer l'intersection de la droite \(D:\ x=1+t,\ y=2t,\ z=-t\) et du plan \(P:\ x+y+z-4=0\).
Voir la correction
On reporte la paramétrisation dans \(P\) : \[(1+t)+(2t)+(-t)-4=0\iff 2t-3=0\iff t=\tfrac32.\]
Une seule solution : \(D\) est sécante à \(P\). Le point d'intersection correspond à \(t=\tfrac32\) : \[x=1+\tfrac32=\tfrac52,\quad y=3,\quad z=-\tfrac32,\qquad\text{soit } I\left(\tfrac52,\,3,\,-\tfrac32\right).\ \blacksquare\]
Exercice 3
Déterminer une équation cartésienne du plan passant par \(A(1,0,0)\), \(B(0,1,0)\), \(C(0,0,1)\).
Voir la correction
\(\overrightarrow{AB}(-1,1,0)\), \(\overrightarrow{AC}(-1,0,1)\), non colinéaires. Pour \(M(x,y,z)\), \(\overrightarrow{AM}(x-1,y,z)\). On écrit \(\det(\overrightarrow{AM},\overrightarrow{AB},\overrightarrow{AC})=0\) :
\[\begin{vmatrix} x-1 & -1 & -1\\ y & 1 & 0\\ z & 0 & 1\end{vmatrix}=(x-1)(1)-(-1)(y)+(-1)(-z)=(x-1)+y+z=0.\]
D'où \(\boxed{x+y+z-1=0}\). On vérifie : \(A,B,C\) donnent bien \(1-1=0\). \(\blacksquare\)
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