2ᵉ Bac · Sciences Maths · Examen national de mathématiques
2023 — Session normale
الامتحان الوطني في مادة الرياضيات — الثانية باكالوريا علوم رياضية 2023 (الدورة العادية) مع التصحيح
Télécharger le sujet officiel (PDF) ↗Corrigé détaillé de l'examen national de mathématiques — 2ᵉ Bac Sciences Mathématiques (A) et (B), session normale 2023. L'épreuve (durée 4 h, coefficient 9) comporte cinq exercices indépendants : un long exercice d'analyse (encadrement de \(\ln(1+x)\), étude de \(f(x)=g(x)\,e^{-x}\) avec suite récurrente), un exercice sur les sommes de Riemann (longueur de la courbe de l'exponentielle), un exercice sur les nombres complexes (forme exponentielle, suites couplées, collinéarité et triangle rectangle), un exercice d'arithmétique (petit théorème de Fermat, binôme de Newton, résidu quadratique) et un exercice sur les structures algébriques (anneau de matrices, sous-espace vectoriel, corps commutatif). Chaque question est reprise puis résolue pas à pas. Le sujet officiel est téléchargeable en haut de page.
Exercice 1 · Analyse (7,75 points)
Partie I
1) a) Montrer que \(\;\displaystyle\forall\,t\in[0,+\infty[\;,\;\frac{4}{(2+t)^{2}}\le\frac{1}{1+t}\le\frac{1}{2}\!\left(1+\frac{1}{(1+t)^{2}}\right)\).
b) En déduire que \(\;\displaystyle\forall\,x\in[0,+\infty[\;,\;\frac{2x}{2+x}\le\ln(1+x)\le\frac{1}{2}\!\left(\frac{x^{2}+2x}{1+x}\right)\).
2) Soit \(g\) la fonction définie sur \(]0,+\infty[\) par \(g(x)=\dfrac{\ln(1+x)}{x}\). Montrer que \(\;\displaystyle\lim_{\substack{x\to0\\x>0}}\frac{g(x)-1}{x}=-\frac{1}{2}\).
Voir la solution — Partie I
1) a) Encadrement de \(\dfrac{1}{1+t}\)
Pour tout \(t\ge0\), on compare les trois expressions.
Inégalité de gauche : \(\dfrac{4}{(2+t)^{2}}\le\dfrac{1}{1+t}\) équivaut à \(4(1+t)\le(2+t)^{2}=4+4t+t^{2}\), soit \(4+4t\le4+4t+t^{2}\), c'est-à-dire \(t^{2}\ge0\). C'est vrai pour tout \(t\ge0\). ✓
Inégalité de droite : \(\dfrac{1}{1+t}\le\dfrac{1}{2}\!\left(1+\dfrac{1}{(1+t)^{2}}\right)\). Posons \(u=1+t\ge1\). On doit montrer \(\dfrac{1}{u}\le\dfrac{1}{2}\!\left(1+\dfrac{1}{u^{2}}\right)=\dfrac{u^{2}+1}{2u^{2}}\), soit \(2u\le u^{2}+1\), c'est-à-dire \((u-1)^{2}\ge0\). C'est toujours vrai. ✓ ∎
1) b) Encadrement de \(\ln(1+x)\)
On intègre les trois membres de l'encadrement de la question 1)a) entre \(0\) et \(x\) (avec \(x\ge0\)). Comme les fonctions sont continues et l'intégrale conserve l'ordre : \[\int_{0}^{x}\frac{4}{(2+t)^{2}}\,dt\le\int_{0}^{x}\frac{1}{1+t}\,dt\le\int_{0}^{x}\frac{1}{2}\!\left(1+\frac{1}{(1+t)^{2}}\right)dt.\]
Terme central : \(\displaystyle\int_{0}^{x}\frac{dt}{1+t}=\ln(1+x)\).
Terme de gauche : \(\displaystyle\int_{0}^{x}\frac{4}{(2+t)^{2}}\,dt=\left[-\frac{4}{2+t}\right]_{0}^{x}=-\frac{4}{2+x}+2=\frac{2x}{2+x}\).
Terme de droite : \(\displaystyle\int_{0}^{x}\frac{1}{2}\!\left(1+\frac{1}{(1+t)^{2}}\right)dt=\frac{1}{2}\!\left[t-\frac{1}{1+t}\right]_{0}^{x}=\frac{1}{2}\!\left(x-\frac{1}{1+x}+1\right)=\frac{1}{2}\cdot\frac{x^{2}+2x}{1+x}\).
D'où \(\;\displaystyle\frac{2x}{2+x}\le\ln(1+x)\le\frac{x^{2}+2x}{2(1+x)}\;\) pour tout \(x\ge0\). ∎
2) Limite de \(\dfrac{g(x)-1}{x}\) en \(0^{+}\)
On a \(g(x)=\dfrac{\ln(1+x)}{x}\) pour \(x>0\). On divise l'encadrement de 1)b) par \(x>0\) : \[\frac{2}{2+x}\le\frac{\ln(1+x)}{x}\le\frac{x+2}{2(1+x)},\] c'est-à-dire \(\dfrac{2}{2+x}\le g(x)\le\dfrac{x+2}{2(1+x)}\). On soustrait \(1\) : \[\frac{2}{2+x}-1\le g(x)-1\le\frac{x+2}{2(1+x)}-1,\] soit \(\dfrac{-x}{2+x}\le g(x)-1\le\dfrac{-x}{2(1+x)}\). On divise par \(x>0\) : \[\frac{-1}{2+x}\le\frac{g(x)-1}{x}\le\frac{-1}{2(1+x)}.\] Quand \(x\to0^{+}\), les deux bornes tendent vers \(-\dfrac{1}{2}\). Par le théorème des gendarmes : \[\boxed{\lim_{\substack{x\to0\\x>0}}\frac{g(x)-1}{x}=-\frac{1}{2}.} ∎\]
Partie II
Soit \(f\) la fonction définie sur \([0,+\infty[\) par \(f(0)=1\) et \(\forall\,x\in\,]0,+\infty[\,,\;f(x)=g(x)\,e^{-x}\). Soit \((C)\) sa courbe dans un repère orthonormé \((O,\vec i,\vec j)\).
1) Calculer \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}f(x)\) et interpréter graphiquement.
2) a) Montrer que \(f\) est continue à droite en \(0\).
b) Vérifier que \(\;\displaystyle\forall\,x\in\,]0,+\infty[\;,\;\frac{f(x)-1}{x}=\left(\frac{e^{-x}-1}{x}\right)g(x)+\left(\frac{g(x)-1}{x}\right)\).
c) En déduire que \(f\) est dérivable à droite en \(0\) et déterminer \(f'_{d}(0)\).
3) Montrer que \(f\) est dérivable sur \(]0,+\infty[\) et que \[\forall\,x\in\,]0,+\infty[\;,\;f'(x)=\frac{x-(1+x)^{2}\ln(1+x)}{x^{2}(1+x)}\,e^{-x}.\]
4) a) Montrer que \(\;\displaystyle\forall\,x\in\,]0,+\infty[\;,\;-\frac{3}{2}<\frac{x-(1+x)^{2}\ln(1+x)}{x^{2}(1+x)}<0\). 5) a) Dresser le tableau de variations de \(f\).
b) En déduire que \(\;\displaystyle\forall\,x\in\,]0,+\infty[\;,\;-\frac{3}{2}
b) Tracer la courbe \((C)\) en faisant apparaître le demi-tangent à droite au point d'abscisse \(0\) (on prend \(|\vec i|=2\,\text{cm}\)).
Voir la solution — Partie II
1) Limite en \(+\infty\)
Pour \(x>0\) : \(f(x)=\dfrac{\ln(1+x)}{x}\,e^{-x}\). Or \(\ln(1+x)\le x+1\) (par concavité du logarithme), donc
\[0 Interprétation : la droite \(y=0\) (l'axe des abscisses) est asymptote horizontale à \((C)\) en \(+\infty\). ∎ \(\displaystyle\lim_{x\to0^{+}}f(x)=\lim_{x\to0^{+}}g(x)\,e^{-x}=1\times e^{0}=1=f(0)\) (car \(g(x)\to1\) d'après I-1)b) par les gendarmes). Donc \(f\) est continue à droite en \(0\). ∎ Pour \(x>0\) :
\[\frac{f(x)-1}{x}=\frac{g(x)e^{-x}-1}{x}=\frac{g(x)e^{-x}-g(x)+g(x)-1}{x}=g(x)\cdot\frac{e^{-x}-1}{x}+\frac{g(x)-1}{x}.\]
C'est l'identité demandée. ∎ Quand \(x\to0^{+}\) :
\[\frac{e^{-x}-1}{x}\to-1\quad(\text{taux de } e^{-x} \text{ en } 0),\qquad g(x)\to1,\qquad\frac{g(x)-1}{x}\to-\frac{1}{2}\quad(\text{partie I-2}).\]
Donc \(\dfrac{f(x)-f(0)}{x-0}\to1\times(-1)+\Big(-\dfrac{1}{2}\Big)=-\dfrac{3}{2}\). Ainsi \(f\) est dérivable à droite en \(0\) et \(\boxed{f'_{d}(0)=-\dfrac{3}{2}}\). ∎ Pour \(x>0\), \(f(x)=\dfrac{\ln(1+x)}{x}\,e^{-x}\). On dérive le produit \(\dfrac{\ln(1+x)}{x}\cdot e^{-x}\) :
\[\left(\frac{\ln(1+x)}{x}\right)'=\frac{\frac{x}{1+x}-\ln(1+x)}{x^{2}}=\frac{x-(1+x)\ln(1+x)}{x^{2}(1+x)}.\]
Par la règle du produit :
\[f'(x)=\frac{x-(1+x)\ln(1+x)}{x^{2}(1+x)}\,e^{-x}+\frac{\ln(1+x)}{x}\cdot(-e^{-x}).\]
On factorise \(\dfrac{e^{-x}}{x^{2}(1+x)}\) :
\[f'(x)=\frac{e^{-x}}{x^{2}(1+x)}\Big[x-(1+x)\ln(1+x)-x(1+x)\ln(1+x)\Big]=\frac{e^{-x}}{x^{2}(1+x)}\Big[x-(1+x)^{2}\ln(1+x)\Big].\]
D'où \(\;\displaystyle f'(x)=\frac{x-(1+x)^{2}\ln(1+x)}{x^{2}(1+x)}\,e^{-x}\). ∎ Posons \(h(x)=\dfrac{x-(1+x)^{2}\ln(1+x)}{x^{2}(1+x)}\) pour \(x>0\). Borne droite \(h(x)<0\) : pour \(x>0\), \(\ln(1+x)>0\) et \((1+x)^{2}>1\), donc \((1+x)^{2}\ln(1+x)>\ln(1+x)\). Or l'encadrement de I-1)b) donne \(\ln(1+x)\ge\dfrac{2x}{2+x}>0\) pour \(x>0\), donc \((1+x)^{2}\ln(1+x)>x\) (car \((1+x)^{2}\cdot\dfrac{2x}{2+x}\ge x\) se vérifie en développant). Ainsi le numérateur \(x-(1+x)^{2}\ln(1+x)<0\), et \(h(x)<0\). Borne gauche \(h(x)>-\dfrac{3}{2}\) : on utilise la borne droite de I-1)b), \(\ln(1+x)\le\dfrac{x^{2}+2x}{2(1+x)}\) :
\[(1+x)^{2}\ln(1+x)\le(1+x)^{2}\cdot\frac{x^{2}+2x}{2(1+x)}=\frac{(1+x)(x^{2}+2x)}{2}=\frac{x(1+x)(x+2)}{2}.\]
Donc le numérateur vérifie :
\[x-(1+x)^{2}\ln(1+x)\ge x-\frac{x(1+x)(x+2)}{2}=x\!\left(1-\frac{(1+x)(x+2)}{2}\right)=x\cdot\frac{2-x^{2}-3x-2}{2}=\frac{-x^{2}(x+3)}{2}.\]
Alors \(h(x)\ge\dfrac{-x^{2}(x+3)}{2x^{2}(1+x)}=\dfrac{-(x+3)}{2(1+x)}\). Or \(\dfrac{x+3}{2(1+x)}=\dfrac{1}{2}+\dfrac{1}{1+x}<\dfrac{3}{2}\), donc \(h(x)>-\dfrac{3}{2}\). ∎ Comme \(e^{-x}>0\) pour tout \(x\), on a \(f'(x)=h(x)\,e^{-x}\) avec \(-\dfrac{3}{2} D'après 4)b), \(f'(x)<0\) pour tout \(x>0\) et \(f'_{d}(0)=-\dfrac{3}{2}<0\). Donc \(f\) est strictement décroissante sur \([0,+\infty[\). Éléments de tracé : \(f(0)=1\), demi-tangente à droite de pente \(-\dfrac{3}{2}\) ; \(f\) strictement décroissante de \(1\) à \(0\) ; asymptote horizontale \(y=0\) en \(+\infty\) ; \(f(x)>0\) pour tout \(x\ge0\). La courbe part du point \((0,1)\) et descend vers l'axe des abscisses sans le toucher.2) a) Continuité à droite en \(0\)
2) b) Identité du taux d'accroissement
2) c) Dérivabilité à droite en \(0\)
3) \(f'\) sur \(]0,+\infty[\)
4) a) Encadrement du facteur rationnel
4) b) Encadrement de \(f'(x)\)
5) a) Tableau de variations
5) b) Construction de \((C)\)
Partie III
1) Montrer que l'équation \(f(x)=3x\) admet une unique solution \(\alpha\) dans \(]0,+\infty[\).
2) Soient \(\beta\in\mathbb R^{+}\) et \((u_{n})\) la suite définie par \(u_{0}=\beta\) et \(u_{n+1}=\dfrac{1}{3}\,f(u_{n})\) pour tout \(n\in\mathbb N\).
a) Montrer que \(u_{n}\ge0\) pour tout \(n\).
b) Montrer que \(|u_{n+1}-\alpha|\le\dfrac{1}{2}\,|u_{n}-\alpha|\).
c) Montrer par récurrence que \(|u_{n}-\alpha|\le\dfrac{1}{2^{n}}\,|\beta-\alpha|\).
d) En déduire que \((u_{n})\) converge vers \(\alpha\).
Voir la solution — Partie III
1) Unicité de \(\alpha\)
Posons \(\varphi(x)=f(x)-3x\) sur \(]0,+\infty[\). On a \(\varphi'(x)=f'(x)-3<0-3<0\) (car \(f'(x)<0\) sur \(]0,+\infty[\)), donc \(\varphi\) est strictement décroissante.
De plus \(\displaystyle\lim_{x\to0^{+}}\varphi(x)=f(0)-0=1>0\) et \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\varphi(x)=0-\infty=-\infty<0\). Par le théorème des valeurs intermédiaires (et la stricte décroissance), l'équation \(\varphi(x)=0\), c'est-à-dire \(f(x)=3x\), admet une unique solution \(\alpha\in\,]0,+\infty[\). ∎
2) a) \(u_{n}\ge0\)
Par récurrence. \(u_{0}=\beta\ge0\). Si \(u_{n}\ge0\), alors \(f(u_{n})\ge0\) (car \(f\ge0\) sur \([0,+\infty[\)), donc \(u_{n+1}=\dfrac{1}{3}f(u_{n})\ge0\). D'où \(u_{n}\ge0\) pour tout \(n\). ∎
2) b) Contraction
Posons \(\psi(x)=\dfrac{1}{3}f(x)\). Alors \(\psi(\alpha)=\dfrac{1}{3}f(\alpha)=\dfrac{1}{3}\cdot3\alpha=\alpha\) et \(\psi'(x)=\dfrac{1}{3}f'(x)\). D'après 4)b), \(-\dfrac{3}{2}
Par le théorème des accroissements finis sur l'intervalle d'extrémités \(u_{n}\) et \(\alpha\), il existe \(c\) entre eux tel que \[|u_{n+1}-\alpha|=|\psi(u_{n})-\psi(\alpha)|=|\psi'(c)|\,|u_{n}-\alpha|\le\frac{1}{2}\,|u_{n}-\alpha|. ∎\]
2) c) Par récurrence
Initialisation : \(|u_{0}-\alpha|=|\beta-\alpha|=\dfrac{1}{2^{0}}\,|\beta-\alpha|\). ✓
Hérédité : supposons \(|u_{n}-\alpha|\le\dfrac{1}{2^{n}}\,|\beta-\alpha|\). D'après 2)b) : \[|u_{n+1}-\alpha|\le\frac{1}{2}\,|u_{n}-\alpha|\le\frac{1}{2}\cdot\frac{1}{2^{n}}\,|\beta-\alpha|=\frac{1}{2^{n+1}}\,|\beta-\alpha|.\] La propriété est héréditaire. ∎
2) d) Convergence
\(0\le|u_{n}-\alpha|\le\dfrac{|\beta-\alpha|}{2^{n}}\xrightarrow[n\to+\infty]{}0\). Par le théorème des gendarmes, \(|u_{n}-\alpha|\to0\), c'est-à-dire \(\boxed{u_{n}\to\alpha}\). ∎
Exercice 2 · Sommes de Riemann et longueur de courbe (2,25 points)
On considère la fonction \(x\mapsto e^{x}\) et \((\Gamma)\) sa courbe dans un repère orthonormé \((O,\vec i,\vec j)\). Pour tout \(n\in\mathbb N^{*}\) et tout \(k\in\{0,1,\dots,n\}\), on note \(M_{k}\) le point de \((\Gamma)\) de coordonnées \(\Big(\dfrac{k}{n}\,,\,e^{k/n}\Big)\).
1) a) Montrer que \(\;\displaystyle\forall\,k\in\{0,\dots,n-1\},\;\exists\,c_{k}\in\Big]\frac{k}{n},\frac{k+1}{n}\Big[\;:\;e^{(k+1)/n}-e^{k/n}=\frac{1}{n}\,e^{c_{k}}\).
b) En déduire que \(M_{k}M_{k+1}=\dfrac{1}{n}\sqrt{1+e^{2c_{k}}}\).
c) En déduire que \(\;\dfrac{1}{n}\sqrt{1+e^{2k/n}}\le M_{k}M_{k+1}\le\dfrac{1}{n}\sqrt{1+e^{2(k+1)/n}}\).
2) Soit \(S_{n}=\displaystyle\sum_{k=0}^{n-1}M_{k}M_{k+1}\).
a) Vérifier que \(\;\displaystyle\frac{1}{n}\sum_{k=0}^{n-1}\sqrt{1+e^{2k/n}}\le S_{n}\le\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\sqrt{1+e^{2k/n}}\).
b) En déduire que \(\;\displaystyle\lim_{n\to+\infty}S_{n}=\int_{0}^{1}\sqrt{1+e^{2x}}\,dx\).
Voir la solution
1) a) Théorème des accroissements finis
La fonction \(t\mapsto e^{t}\) est continue sur \(\Big[\dfrac{k}{n},\dfrac{k+1}{n}\Big]\) et dérivable sur l'intervalle ouvert. Par le TAF, il existe \(c_{k}\in\Big]\dfrac{k}{n},\dfrac{k+1}{n}\Big[\) tel que \[e^{(k+1)/n}-e^{k/n}=e^{c_{k}}\!\left(\frac{k+1}{n}-\frac{k}{n}\right)=\frac{1}{n}\,e^{c_{k}}. ∎\]
1) b) Distance \(M_{k}M_{k+1}\)
\(M_{k}\Big(\dfrac{k}{n},e^{k/n}\Big)\) et \(M_{k+1}\Big(\dfrac{k+1}{n},e^{(k+1)/n}\Big)\), donc \[M_{k}M_{k+1}=\sqrt{\left(\frac{1}{n}\right)^{2}+\left(e^{(k+1)/n}-e^{k/n}\right)^{2}}=\sqrt{\frac{1}{n^{2}}+\frac{e^{2c_{k}}}{n^{2}}}=\frac{1}{n}\sqrt{1+e^{2c_{k}}}. ∎\]
1) c) Encadrement de \(M_{k}M_{k+1}\)
Comme \(\dfrac{k}{n} On somme l'encadrement de 1)c) pour \(k=0,1,\dots,n-1\) :
\[\frac{1}{n}\sum_{k=0}^{n-1}\sqrt{1+e^{2k/n}}\le\sum_{k=0}^{n-1}M_{k}M_{k+1}\le\frac{1}{n}\sum_{k=0}^{n-1}\sqrt{1+e^{2(k+1)/n}}.\]
La somme de droite se réindexe en \(\dfrac{1}{n}\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\sqrt{1+e^{2k/n}}\). D'où l'encadrement. ∎ Posons \(\varphi(x)=\sqrt{1+e^{2x}}\), continue sur \([0,1]\). Les deux sommes encadrant \(S_{n}\) sont des sommes de Riemann de \(\varphi\) sur \([0,1]\) :
\[\frac{1}{n}\sum_{k=0}^{n-1}\varphi\!\left(\frac{k}{n}\right)\le S_{n}\le\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\varphi\!\left(\frac{k}{n}\right).\]
Chacune converge vers \(\displaystyle\int_{0}^{1}\varphi(x)\,dx=\int_{0}^{1}\sqrt{1+e^{2x}}\,dx\). Par le théorème des gendarmes :
\[\boxed{\lim_{n\to+\infty}S_{n}=\int_{0}^{1}\sqrt{1+e^{2x}}\,dx.} ∎\]2) a) Encadrement de \(S_{n}\)
2) b) Limite de \(S_{n}\)
Exercice 3 · Nombres complexes (3,5 points)
On considère le nombre complexe \(u=1+(2-\sqrt3)\,i\).
1) a) Écrire sous forme exponentielle les nombres complexes \(1-i\) et \(1+\sqrt3\,i\).
b) Montrer que \(\;\dfrac{(1-i)(1+\sqrt3\,i)}{2\sqrt2}=e^{i\pi/12}\).
c) En déduire que \(\tan\dfrac{\pi}{12}=2-\sqrt3\).
d) Montrer que \(u=(\sqrt6-\sqrt2)\,e^{i\pi/12}\).
2) On considère les suites \((x_{n})\) et \((y_{n})\) définies par \(x_{0}=1\), \(y_{0}=0\) et
\[\forall\,n\in\mathbb N,\quad\begin{cases}x_{n+1}=x_{n}-(2-\sqrt3)\,y_{n}\\y_{n+1}=(2-\sqrt3)\,x_{n}+y_{n}\end{cases}\]
a) Montrer par récurrence que \(x_{n}+iy_{n}=u^{n}\) pour tout \(n\).
b) En déduire que \(\;x_{n}=\dfrac{\cos\!\big(\frac{n\pi}{12}\big)}{\big(\cos\frac{\pi}{12}\big)^{n}}\;\) et \(\;y_{n}=\dfrac{\sin\!\big(\frac{n\pi}{12}\big)}{\big(\cos\frac{\pi}{12}\big)^{n}}\).
3) Le plan complexe est rapporté à un repère orthonormé direct \((O,\vec{e_{1}},\vec{e_{2}})\). On note \(A_{n}\) le point d'affixe \(u^{n}\).
a) Déterminer les entiers \(n\ge0\) pour lesquels \(O\), \(A_{0}\) et \(A_{n}\) sont alignés.
b) Montrer que pour tout entier \(n\ge1\), le triangle \(OA_{n}A_{n+1}\) est rectangle en \(A_{n}\).
Voir la solution
1) a) Formes exponentielles
\(1-i\) : \(|1-i|=\sqrt{2}\), \(\arg(1-i)=-\dfrac{\pi}{4}\). Donc \(1-i=\sqrt{2}\,e^{-i\pi/4}\).
\(1+\sqrt3\,i\) : \(|1+\sqrt3\,i|=\sqrt{1+3}=2\), \(\arg=\dfrac{\pi}{3}\). Donc \(1+\sqrt3\,i=2\,e^{i\pi/3}\). ∎
1) b) Produit
\[\frac{(1-i)(1+\sqrt3\,i)}{2\sqrt{2}}=\frac{\sqrt{2}\,e^{-i\pi/4}\cdot 2\,e^{i\pi/3}}{2\sqrt{2}}=\frac{2\sqrt{2}\,e^{i(-\pi/4+\pi/3)}}{2\sqrt{2}}=e^{i\pi/12}. ∎\]
1) c) \(\tan\dfrac{\pi}{12}\)
Calculons le produit directement : \((1-i)(1+\sqrt3\,i)=1+\sqrt3\,i-i-\sqrt3\,i^{2}=(1+\sqrt3)+(\sqrt3-1)i\). Donc \[e^{i\pi/12}=\frac{(1+\sqrt3)+(\sqrt3-1)i}{2\sqrt{2}}.\] La partie réelle est \(\cos\dfrac{\pi}{12}=\dfrac{1+\sqrt3}{2\sqrt{2}}\) et la partie imaginaire est \(\sin\dfrac{\pi}{12}=\dfrac{\sqrt3-1}{2\sqrt{2}}\). Ainsi \[\tan\frac{\pi}{12}=\frac{\sqrt3-1}{1+\sqrt3}=\frac{(\sqrt3-1)^{2}}{(\sqrt3)^{2}-1}=\frac{4-2\sqrt3}{2}=2-\sqrt3. ∎\]
1) d) Forme exponentielle de \(u\)
\(u=1+(2-\sqrt3)i\). Le module : \[|u|=\sqrt{1+(2-\sqrt3)^{2}}=\sqrt{1+4-4\sqrt3+3}=\sqrt{8-4\sqrt3}.\] Or \(8-4\sqrt3=2(4-2\sqrt3)=2(\sqrt3-1)^{2}\), donc \(|u|=(\sqrt3-1)\sqrt{2}=\sqrt6-\sqrt2\).
L'argument : \(\dfrac{u}{|u|}=\dfrac{1+(2-\sqrt3)i}{\sqrt6-\sqrt2}\). On vérifie que \(\dfrac{1}{\sqrt6-\sqrt2}=\dfrac{\sqrt6+\sqrt2}{4}=\dfrac{1+\sqrt3}{2\sqrt{2}}=\cos\dfrac{\pi}{12}\) et \(\dfrac{2-\sqrt3}{\sqrt6-\sqrt2}=\sin\dfrac{\pi}{12}\). Donc \(\arg(u)=\dfrac{\pi}{12}\) et \[\boxed{u=(\sqrt6-\sqrt2)\,e^{i\pi/12}.} ∎\]
2) a) \(x_{n}+iy_{n}=u^{n}\) par récurrence
Initialisation : \(x_{0}+iy_{0}=1+0\cdot i=1=u^{0}\). ✓
Hérédité : supposons \(x_{n}+iy_{n}=u^{n}\). Alors \[x_{n+1}+iy_{n+1}=\big(x_{n}-(2-\sqrt3)y_{n}\big)+i\big((2-\sqrt3)x_{n}+y_{n}\big)=x_{n}+iy_{n}+(2-\sqrt3)i(x_{n}+iy_{n}).\] Car \((2-\sqrt3)i(x_{n}+iy_{n})=(2-\sqrt3)ix_{n}-(2-\sqrt3)y_{n}\). Donc \[x_{n+1}+iy_{n+1}=(x_{n}+iy_{n})\big(1+(2-\sqrt3)i\big)=u^{n}\cdot u=u^{n+1}. ∎\]
2) b) Expressions de \(x_{n}\) et \(y_{n}\)
D'après 1)d), \(u=(\sqrt6-\sqrt2)\,e^{i\pi/12}\), donc \[u^{n}=(\sqrt6-\sqrt2)^{n}\,e^{in\pi/12}=(\sqrt6-\sqrt2)^{n}\!\left(\cos\frac{n\pi}{12}+i\sin\frac{n\pi}{12}\right).\] Or \(\sqrt6-\sqrt2=\sqrt{2}(\sqrt3-1)\) et \(\cos\dfrac{\pi}{12}=\dfrac{1+\sqrt3}{2\sqrt{2}}\), donc \(\sqrt6-\sqrt2=\dfrac{1}{\cos(\pi/12)}\) (vérifions : \(\dfrac{1}{\cos(\pi/12)}=\dfrac{2\sqrt{2}}{1+\sqrt3}=\dfrac{2\sqrt{2}(\sqrt3-1)}{2}=\sqrt{2}(\sqrt3-1)=\sqrt6-\sqrt2\) ✓). Ainsi \[x_{n}=\frac{\cos\!\big(\frac{n\pi}{12}\big)}{\big(\cos\frac{\pi}{12}\big)^{n}}\qquad\text{et}\qquad y_{n}=\frac{\sin\!\big(\frac{n\pi}{12}\big)}{\big(\cos\frac{\pi}{12}\big)^{n}}. ∎\]
3) a) Collinéarité de \(O\), \(A_{0}\), \(A_{n}\)
\(A_{0}\) a pour affixe \(u^{0}=1\) et \(A_{n}\) a pour affixe \(u^{n}\). Les points \(O\), \(A_{0}\), \(A_{n}\) sont alignés si et seulement si \(\dfrac{u^{n}}{1}=u^{n}\) est réel, c'est-à-dire \(\sin\dfrac{n\pi}{12}=0\), soit \(\dfrac{n\pi}{12}=k\pi\), c'est-à-dire \(n=12k\) avec \(k\in\mathbb N\).
Les entiers \(n\ge0\) cherchés sont \(\boxed{n\in\{0,12,24,\dots\}=12\mathbb N}\). ∎
3) b) Triangle \(OA_{n}A_{n+1}\) rectangle en \(A_{n}\)
On calcule \(\dfrac{u^{n+1}-u^{n}}{0-u^{n}}=\dfrac{u^{n}(u-1)}{-u^{n}}=-(u-1)=1-u=-(2-\sqrt3)i\). Ce quotient est imaginaire pur (non nul), donc les vecteurs \(\overrightarrow{A_{n}A_{n+1}}\) et \(\overrightarrow{A_{n}O}\) sont orthogonaux : le triangle \(OA_{n}A_{n+1}\) est rectangle en \(A_{n}\). ∎
Exercice 4 · Arithmétique (3 points)
Soit \(p\) un nombre premier impair. On considère l'équation \((E):\;x^{2}\equiv2\ [p]\).
1) a) Montrer que \(2^{p-1}\equiv1\ [p]\).
b) En déduire que \(2^{(p-1)/2}\equiv1\ [p]\) ou \(2^{(p-1)/2}\equiv-1\ [p]\).
2) Soit \(x\) une solution de \((E)\).
a) Montrer que \(p\) et \(x\) sont premiers entre eux.
b) En déduire que \(2^{(p-1)/2}\equiv1\ [p]\).
3) Montrer que pour tout \(k\in\{1,\dots,p-1\}\), \(p\) divise \(\binom{p}{k}\).
4) a) En utilisant la formule de Moivre, montrer que \[(1+i)^{p}=2^{p/2}\cos\!\left(\frac{p\pi}{4}\right)+i\,2^{p/2}\sin\!\left(\frac{p\pi}{4}\right).\]
b) (On admet que \(\displaystyle(1+i)^{p}=\sum_{k=0}^{(p-1)/2}(-1)^{k}\binom{p}{2k}+i\sum_{k=0}^{(p-1)/2}(-1)^{k}\binom{p}{2k+1}\).) Montrer que \(\;2^{p/2}\cos\!\left(\dfrac{p\pi}{4}\right)\equiv1\ [p]\;\) et que \(\;2^{p/2}\cos\!\left(\dfrac{p\pi}{4}\right)\in\mathbb Z\).
5) En déduire que si \(p\equiv5\ [8]\), alors \((E)\) n'admet pas de solution dans \(\mathbb Z\).
Voir la solution
1) a) Petit théorème de Fermat
\(p\) est premier et \(\gcd(2,p)=1\) (car \(p\) est impair). Par le petit théorème de Fermat, \(2^{p-1}\equiv1\ [p]\). ∎
1) b) Racine carrée de \(1\) modulo \(p\)
Posons \(a=2^{(p-1)/2}\). Alors \(a^{2}=2^{p-1}\equiv1\ [p]\), donc \(p\mid a^{2}-1=(a-1)(a+1)\). Comme \(p\) est premier, \(p\mid(a-1)\) ou \(p\mid(a+1)\), c'est-à-dire \(a\equiv1\ [p]\) ou \(a\equiv-1\ [p]\). ∎
2) a) \(\gcd(p,x)=1\)
Si \(x^{2}\equiv2\ [p]\), supposons \(p\mid x\). Alors \(x^{2}\equiv0\ [p]\), donc \(2\equiv0\ [p]\), soit \(p\mid2\). Or \(p\) est premier impair, donc \(p\ge3\) : contradiction. Ainsi \(p\nmid x\), et comme \(p\) est premier, \(\gcd(p,x)=1\). ∎
2) b) \(2^{(p-1)/2}\equiv1\ [p]\)
Comme \(\gcd(p,x)=1\), Fermat donne \(x^{p-1}\equiv1\ [p]\). Or \(x^{2}\equiv2\ [p]\), donc \[x^{p-1}=(x^{2})^{(p-1)/2}\equiv2^{(p-1)/2}\ [p].\] Ainsi \(2^{(p-1)/2}\equiv1\ [p]\). ∎
3) \(p\mid\binom{p}{k}\) pour \(k\in\{1,\dots,p-1\}\)
On utilise l'identité \(k\binom{p}{k}=p\binom{p-1}{k-1}\). Donc \(p\mid k\binom{p}{k}\). Or \(1\le k\le p-1\) et \(p\) premier impliquent \(\gcd(p,k)=1\). Par le lemme de Gauss, \(p\mid\binom{p}{k}\). ∎
4) a) Formule de Moivre
\(1+i=\sqrt{2}\,e^{i\pi/4}\), donc par Moivre : \[(1+i)^{p}=(\sqrt{2})^{p}\,e^{ip\pi/4}=2^{p/2}\!\left(\cos\frac{p\pi}{4}+i\sin\frac{p\pi}{4}\right). ∎\]
4) b) Congruence et intégrité
Par le binôme de Newton, \((1+i)^{p}=\displaystyle\sum_{j=0}^{p}\binom{p}{j}i^{j}\). En séparant les puissances paires et impaires de \(i\), on obtient l'expression admise. D'après la question 3, pour \(1\le j\le p-1\), \(p\mid\binom{p}{j}\). Les termes de la somme réelle pour \(k\ge1\) sont donc divisibles par \(p\). Le terme \(k=0\) vaut \(\binom{p}{0}=1\). Donc la partie réelle \(\displaystyle\sum_{k=0}^{(p-1)/2}(-1)^{k}\binom{p}{2k}\equiv1\ [p]\).
Or cette somme est un entier (combinaison de coefficients binomiaux entiers) et elle égale \(2^{p/2}\cos\!\left(\dfrac{p\pi}{4}\right)\). Donc \(2^{p/2}\cos\!\left(\dfrac{p\pi}{4}\right)\in\mathbb Z\) et \(2^{p/2}\cos\!\left(\dfrac{p\pi}{4}\right)\equiv1\ [p]\). ∎
5) Cas \(p\equiv5\ [8]\)
Si \(p\equiv5\ [8]\), alors \(\dfrac{p\pi}{4}=\dfrac{(8q+5)\pi}{4}=2q\pi+\dfrac{5\pi}{4}\), donc \(\cos\!\left(\dfrac{p\pi}{4}\right)=\cos\!\left(\dfrac{5\pi}{4}\right)=-\dfrac{\sqrt{2}}{2}\). Alors \[2^{p/2}\cos\frac{p\pi}{4}=-\frac{\sqrt{2}}{2}\cdot2^{p/2}=-2^{(p-1)/2}.\] D'après 4)b), cet entier est \(\equiv1\ [p]\), donc \(2^{(p-1)/2}\equiv-1\ [p]\). D'après 2)b), si \((E)\) avait une solution, on aurait \(2^{(p-1)/2}\equiv1\ [p]\), ce qui contredit \(\equiv-1\ [p]\) (car \(p\ge5\) donc \(1\not\equiv-1\ [p]\)).
Exercice 5 · Structures algébriques (3,5 points)
On rappelle que \((\mathcal M_{2}(\mathbb R),+,\times)\) est un anneau non commutatif d'élément neutre \(O=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}\) et d'unité \(I=\begin{pmatrix}1&0\\0&1\end{pmatrix}\), et que \((\mathcal M_{2}(\mathbb R),+,\cdot)\) est un espace vectoriel réel.
On considère l'ensemble \[E=\left\{M(x,y)=\begin{pmatrix}x+y&y\\2y&x-y\end{pmatrix}\;;\;(x,y)\in\mathbb R^{2}\right\}.\]
Partie I
1) Montrer que \(E\) est un sous-groupe de \((\mathcal M_{2}(\mathbb R),+)\).
2) Montrer que \(E\) est un sous-espace vectoriel de \((\mathcal M_{2}(\mathbb R),+,\cdot)\).
3) a) Vérifier que \(\;\forall\,(x,y,x',y')\in\mathbb R^{4},\;M(x,y)\times M(x',y')=M(xx'+3yy',\,xy'+yx')\).
b) En déduire que \((E,+,\times)\) est un anneau commutatif et unitaire.
4) a) Vérifier que \(M(\sqrt3,1)\times M(-\sqrt3,1)=O\).
b) En déduire que \((E,+,\times)\) n'est pas un corps.
Voir la solution — Partie I
1) Sous-groupe
\(O=M(0,0)\in E\), donc \(E\neq\varnothing\). Pour \(M(x,y),\,M(x',y')\in E\) : \[M(x,y)-M(x',y')=\begin{pmatrix}(x-x')+(y-y')&y-y'\\2(y-y')&(x-x')-(y-y')\end{pmatrix}=M(x-x',y-y')\in E.\] Par le critère de sous-groupe, \((E,+)\) est un sous-groupe de \((\mathcal M_{2}(\mathbb R),+)\). ∎
2) Sous-espace vectoriel
\(E\) est un sous-groupe de \((\mathcal M_{2}(\mathbb R),+)\) et pour tout \(\lambda\in\mathbb R\) et \(M(x,y)\in E\) : \[\lambda\cdot M(x,y)=\begin{pmatrix}\lambda x+\lambda y&\lambda y\\2\lambda y&\lambda x-\lambda y\end{pmatrix}=M(\lambda x,\lambda y)\in E.\] Donc \(E\) est stable par multiplication scalaire. C'est un sous-espace vectoriel. ∎
3) a) Produit dans \(E\)
\[M(x,y)\times M(x',y')=\begin{pmatrix}x+y&y\\2y&x-y\end{pmatrix}\begin{pmatrix}x'+y'&y'\\2y'&x'-y'\end{pmatrix}.\] On calcule chaque coefficient : \[\begin{cases}(1,1)&:(x+y)(x'+y')+2yy'=xx'+xy'+x'y+y'y+2yy'=xx'+3yy'+(xy'+x'y)\\(1,2)&:(x+y)y'+y(x'-y')=xy'+yy'+x'y-yy'=xy'+x'y\\(2,1)&:2y(x'+y')+2y'(x-y)=2x'y+2yy'+2xy'-2yy'=2(xy'+x'y)\\(2,2)&:2yy'+(x-y)(x'-y')=2yy'+xx'-xy'-x'y+yy'=xx'+3yy'-(xy'+x'y)\end{cases}\] On reconnaît \(M(xx'+3yy',\,xy'+yx')\). ∎
3) b) Anneau commutatif unitaire
\((E,+)\) est un groupe abélien. Le produit est interne (3)a)), commutatif (car \(xy'+yx'=x'y+y'x\) et \(xx'+3yy'=x'x+3y'y\)). L'unité est \(M(1,0)=I\in E\). L'associativité et la distributivité se déduisent de celles de \(\mathcal M_{2}(\mathbb R)\) (car \(E\) est stable). Donc \((E,+,\times)\) est un anneau commutatif unitaire. ∎
4) a) Diviseurs de zéro
\(M(\sqrt3,1)\times M(-\sqrt3,1)=M(\sqrt3\cdot(-\sqrt3)+3\cdot1\cdot1,\;\sqrt3\cdot1+1\cdot(-\sqrt3))=M(-3+3,\,0)=M(0,0)=O\). ∎
4) b) Pas un corps
\(M(\sqrt3,1)\neq O\) et \(M(-\sqrt3,1)\neq O\), mais leur produit vaut \(O\) : ce sont des diviseurs de zéro. Un corps n'a pas de diviseurs de zéro, donc \((E,+,\times)\) n'est pas un corps. ∎
Partie II
Soient \(F=\big\{x+y\sqrt3\;;\;(x,y)\in\mathbb R^{2}\big\}\) et \(G=\big\{M(x,y)\;;\;(x,y)\in\mathbb R^{2}\big\}=E\).
1) Montrer que \(x+y\sqrt3=0\) et \((x=0\) et \(y=0)\) sont équivalents.
2) Montrer que \(F\setminus\{0\}\) est un sous-groupe de \((\mathbb R^{*},\times)\).
3) Soit \(\varphi\) l'application définie de \(F\setminus\{0\}\) vers \(E\) par \(\varphi(x+y\sqrt3)=M(x,y)\).
a) Vérifier que \(\varphi(F\setminus\{0\})=G\setminus\{O\}\).
b) Montrer que \(\varphi\) est un morphisme de \((F\setminus\{0\},\times)\) vers \((E,\times)\).
c) En déduire que \((G\setminus\{O\},\times)\) est un groupe commutatif.
4) Montrer que \((G,+,\times)\) est un corps commutatif.
Voir la solution — Partie II
1) Équivalence
Si \(x=0\) et \(y=0\), alors \(x+y\sqrt3=0\). Réciproquement, si \(x+y\sqrt3=0\) avec \((x,y)\in\mathbb Q^{2}\) (ou plus généralement \(\mathbb R^{2}\)), supposons \(y\neq0\). Alors \(\sqrt3=-x/y\in\mathbb Q\), ce qui est absurde car \(\sqrt3\) est irrationnel. Donc \(y=0\), puis \(x=0\). ∎
2) Sous-groupe
\(1=1+0\cdot\sqrt3\in F\setminus\{0\}\). Pour \(a=x+y\sqrt3\) et \(b=x'+y'\sqrt3\) dans \(F\setminus\{0\}\) : \[a\cdot b^{-1}=\frac{x+y\sqrt3}{x'+y'\sqrt3}=\frac{(x+y\sqrt3)(x'-y'\sqrt3)}{x'^{2}-3y'^{2}}=\frac{xx'-3yy'}{x'^{2}-3y'^{2}}+\frac{yx'-xy'}{x'^{2}-3y'^{2}}\sqrt3.\] Le dénominateur \(x'^{2}-3y'^{2}\neq0\) (sinon \(b=0\) par la question 1). Donc \(ab^{-1}\in F\setminus\{0\}\). Par le critère de sous-groupe, \(F\setminus\{0\}\) est un sous-groupe de \((\mathbb R^{*},\times)\). ∎
3) a) Image de \(\varphi\)
Pour \(a=x+y\sqrt3\in F\setminus\{0\}\), \(\varphi(a)=M(x,y)\). D'après la question 1, \(a\neq0\) implique \((x,y)\neq(0,0)\), donc \(M(x,y)\neq O\). Ainsi \(\varphi(F\setminus\{0\})\subseteq G\setminus\{O\}\). Réciproquement, tout \(M(x,y)\neq O\) est l'image de \(x+y\sqrt3\neq0\). Donc \(\varphi(F\setminus\{0\})=G\setminus\{O\}\). ∎
3) b) Morphisme
Soient \(a=x+y\sqrt3\) et \(b=x'+y'\sqrt3\) dans \(F\setminus\{0\}\). Alors \[ab=(x+y\sqrt3)(x'+y'\sqrt3)=xx'+3yy'+(xy'+yx')\sqrt3.\] Donc \(\varphi(ab)=M(xx'+3yy',\,xy'+yx')\). D'après la question I-3)a), c'est exactement \(M(x,y)\times M(x',y')=\varphi(a)\times\varphi(b)\). Ainsi \(\varphi\) est un morphisme de groupes. ∎
3) c) Groupe commutatif
\(\varphi\) est un morphisme surjectif de \((F\setminus\{0\},\times)\) vers \((G\setminus\{O\},\times)\). Or \((F\setminus\{0\},\times)\) est un groupe commutatif (sous-groupe de \((\mathbb R^{*},\times)\)). L'image d'un groupe (commutatif) par un morphisme surjectif est un groupe (commutatif). Donc \((G\setminus\{O\},\times)\) est un groupe commutatif. ∎
4) Corps commutatif
\((G,+,\times)\) est un anneau commutatif unitaire (Partie I). De plus, tout élément non nul de \(G\) admet un inverse pour \(\times\) (car \((G\setminus\{O\},\times)\) est un groupe). Donc \((G,+,\times)\) est un corps commutatif. ∎
Ce corrigé est une rédaction originale de Math Excellence. Les sujets des examens nationaux sont des documents publics du Centre National de l'Évaluation et des Examens ; le sujet officiel de cette session est téléchargeable en haut de la page.
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